Hydronyme

L’hydronymie est la science et l’étude des hydronymes, noms de cours et d’étendues d’eau,  elle se consacre à la recherche de leur étymologie et de leur signification, en se basant sur les transformations intervenues dans les formes anciennes du nom au fil des siècles, celles mentionnées ou attestées dans divers textes et documents du passé. Cette série de photographies rendant compte d’une traversée du Perigord Noir, territoire comprenant de nombreux affluents, questionne le rapport entre paysage et écriture et l’analogie de la nature et des lettres.

 « Depuis la nuit des temps, des artistes — des peintres ou graveurs rupestres aux photographes en passant par les poètes et les sculpteurs — ont mis le monde en signes, signes reproduisant d’abord les formes du monde et ensuite signes abstraits générant une écriture, un alphabet que des artistes allaient retrouver dans les formes du monde qui lui avaient donné naissance. 

Les lettres, ce sont d’abord les signes qui permettent à une langue d’exister ; les lettres des alphabets divers ont été créées un jour par des hommes parce qu’ils ont observé la nature et ont reproduit dans ces lettres certaines de ses formes. Une fois l’alphabet créé, la langue écrite existant, les poètes, les artistes, décomposent cette langue pour en extraire de nouveau chacune de ses lettres et par l’imagination, ils recréent un univers, une parole poétique, un tableau ou un message. La lettre va devenir sculpture, poème ou combat. Et la lettre, issue du paysage et réinsérée dans le paysage, va devenir une lettre (au sens de missive) envoyée au monde. »¹

 

L’étymologie nous montre comment l’écrit apparaît comme le reflet du monde naturel à travers les mots utilisés pour nommer les supports de l’écrit.

« Trois empereurs, selon la légende, seraient à l’origine de l’écriture, et notamment l’empereur Huang Che, qui aurait vécu au XXVIème siècle av. J.C et aurait trouvé l’écriture après avoir étudié les corps célestes et les objets naturels, en particulier les empreintes des oiseaux et des animaux ».

Les peintres paysagistes chinois, en utilisant la proximité des idéogrammes et des formes paysagères dans la peinture lettrée, soulignent les analogies entre les formes du monde et l’écriture et dans nombre de tableaux, les arbres et les idéogrammes se font écho. L’arbre devient idéogramme et l’idéogramme imite l’arbre. Ce sont aussi des analogies que voit Victor Hugo entre les formes du monde et les lettres de l’alphabet latin. Dans les formes de la nature et des choses, se dessinent des images et des textes cachés qui parlent du temps de l’univers et du monde des hommes. Victor Hugo voit des multitudes de formes réelles dans les lignes des lettres de notre alphabet latin aux formes abstraites, où il lit le monde. Il écrit dans ses Carnets de voyage :

La société humaine, le monde, l’homme tout entier est dans l’alphabet. [ … ] L’arbre est un Y ; l’embranchement de deux routes est un Y ; le confluent de deux rivières est un Y ; une tête d’âne ou de bœuf est un Y ; un verre sur son pied est un Y ; un lys sur sa tige est un Y ; un suppliant qui lève les bras au ciel est un Y ».²

 

Attirants de par la présence de l’eau et des éléments s’y mêlant : les impressions de feuillage et de lumière, ces nouveaux paysages troubles, à la fois sombres et éclatants ont pris sens dans le procédé de tirage argentique en se révélant bain après bain comme un alphabet, composant le reflet de cet environnement.

Ces tirages ont été présentés dans le cadre d’une soutenance sur le paysage à l’école des arts de la Sorbonne (Paris I) dans une installation présentant une liste des affluents, cours d’eau et lacs de la région du Périgord Noir.

 

 

¹Françoise Besson, Les sources de l’écriture dans la nature : analogie de la nature et des lettres – Academie Sciences-Lettres de Toulouse

²Victor Hugo, Carnets de voyage, cité par Georges Jean. L’Ecriture mémoire des hommes (1987), Paris : Gallimard, 1995, 202. 

 

 

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